les-lois-naturelles-de-l-enfant-lsm

Les lois naturelles de l’enfant ont un double effet :

– c’est bon pour les enfants (une évidence)

– mais c’est bon pour vous aussi.

Je vais parler (pour changer) de mon point de vue d’enseignante. La classe engagée dans cette démarche pédagogique (autonomie, bienveillance, multi âge) constitue également un environnement physiologique pour l’enseignant.

Tout d’abord, l’enseignant ne s’épuise pas inutilement. En ne vissant pas un groupe d’enfant à une chaise autour d’une activité qu’aucun ne réalisera au même rythme, on prend soin ses nerfs. On ne se fatigue pas sans raison. On prend le temps avec chacun, au risque de ne pas voir chaque enfant sur chaque demi-journée mais qu’importe, personne ne va perdre son temps car tout le monde est actif.

L’adulte grandit en tant qu’humain. Le moment de la présentation est un moment d’une rare qualité humaine. On est dans la pleine présence, dans le regard profond, dans le langage de tout le corps. C’est un peu comme le fondement de la pédagogie Pikler. On consacre un temps de qualité, court certes, mais suffisant à chacun. L’enfant ressort « nourri » de cet échange profond mais nous aussi. Maria Montessori le disais tellement bien : l’enfant est l’avenir de l’homme. Je grandis en tant que personne humaine par tous ces contacts avec d’autres petits humains. Et ça fait beaucoup de bien. La journée de classe est d’une rare densité sur le plan cognitif, social et affectif aussi.

L’enseignant peut respecter son propre rythme. Il n’est plus obligatoire, après quelques semaines de classe, de réaliser à la chaîne des présentations. On prend le temps de regarder la classe, de laisser vagabonder son âme quelques instants. C’est bon pour tout le monde ces instants posés : quand je m’assied un peu, le niveau sonore baisse comme par magie. D’autres enfants se posent aussi et regardent leur classe, leur maison des enfants. Je n’ai pas forcément d’objectif précis en tête à ces moments-là, pas de grille d’observation pointue, j’essaie d’être dans l’instant. Et je noterai ensuite ce qui me restera en tête (vive la grande ardoise blanche fixée au mur !). Si j’en oublie un peu, rien de grave. Si j’ai su voir une fois, je suis certaine que je saurai voir encore.

Nous faisons partie d’un petit monde qui a sa propre vibration. Si l’ambiance générale se détériore, il ne faut pas hésiter à proposer autre chose. Chez nous, ce sont des moments plus ou moins improvisés de relaxation, quelques mouvements de yoga, l’écoute d’une musique, la lecture d’un album, un chant ou une sortie inopinée dans la cour, une construction libre dans la salle de motricité. Ça vient tout seul, rien n’est prévu à l’avance. J’ai un ou deux cd sympas en classe, deux ou trois chants en mémoire, c’est tout. Nous prenons simplement soin de nous. Et cela fonctionne bien.

Je ne me sens plus à charge de classe, posture qui peut avoir ses rares moments galvanisants (par exemple, quand toute une classe de cm réussit à s’intéresser, au même moment, à un même sujet, dans une fluidité d’expression et une dynamique palpable) mais c’était surtout un poids pour moi. J’aime ne pas être au centre, ne pas être seule en classe (d’où l’importance cruciale que j’accorde à la fonction d‘assistante ou aux vertus de la classe à deux enseignants). J’aime faire partie d’un tout, être un maillon de la chaine, dans le respect du rôle de chacun. L’enseignant est un guide, un appui au développement de l’enfant, un modèle langagier, un haut-parleur d’émotions pour cerveaux émotionnels immatures mais pas un maître. Il n’est pas le pilier fondateur de la classe, la pièce maitresse. Il fait partie d’un tout, complexe et profondément social. L’enseignant n’est responsable que de la qualité du modèle qu’il donne à voir (aussi bien concernant l’environnement de la classe que dans ses propres attitudes. Cette posture est plus humble, plus réaliste, plus reposante.

Voilà pour moi ce qui fait de cette démarche pédagogique basée sur l’autonomie et le lien social un milieu physiologique pour l’adulte. Mais vous, qu’en pensez-vous ? Comment le ressentez-vous ?